Fondateur de The British Masters, Eric Loth présente son ami et partenaire Max Imgrüth au cours d’une escapade nautico-champêtre à l’anglaise entre Neuchâtel et Morat. Le tandem passe au crible les deux marques phares de la société (quatre autres marques ont été déposées mais restent inactivées) : la flamboyante Graham et la céleste Arnold & Son.

Si The British Masters appartient à cinq associés, deux pilotes se relaient aujourd’hui au volant. L’ingénieur en mécanique Eric Loth, profondément amoureux du produit et du génie industriel, a trouvé dans le marketer globe-trotter Max Imgrüth le partenaire idéal il y a maintenant deux ans. « Forgée aux Etats-Unis et en Asie, son expérience au sein du Swatch Group aussi bien que dans le luxe en général, et le réseau qui l’accompagne, ont énormément apporté aux British Masters » entame Eric Loth à propos de son alter ego, faisant implicitement référence au triplement du chiffre d’affaires en deux ans, révélé un peu plus tard dans la discussion. Au-delà des chiffres, cette communion d’esprit se reflète notamment dans un formidable film en noir et blanc que le duo a conçu à l’arrivée de Max Imgrüth, à partir d’images d’archives. Ce puzzle historique met subtilement en évidence les relations et l’apport mutuel qu’Anglais et Suisses n’ont cessé d’entretenir en matière de sport et d’art de vivre. Il en ressort une évidence : le meilleur allié de l’excentricité anglaise serait peut être bien le perfectionnisme suisse. « Les racines anglaises que certains observateurs amusés considéraient comme une contrainte au départ ont en réalité eu un effet libérateur » assène Eric Loth en pointant son parapluie très british sur la Swordfish à l’écran. « Jamais nous n’aurions pu nous permettre de créer la Swordfish, qui reste le meilleur moment de ma carrière » enchaîne-t-il en évoquant la moue dubitative de ses agents à Baselworld lorsqu’il a présenté cette pièce au cadran en forme d’yeux globuleux. « Sous la pression des collectionneurs qui avaient remarqué ce garde-temps inédit dans les revues spécialisées, les détaillants ont alors insisté pour en commander dix fois plus! ».

« La force de Graham et Arnold & Son, c’est le produit », souligne Eric Loth sous le regard approbateur de Max Imgrüth : « nous créons des modèles immédiatement identifiables » précise d’ailleurs ce dernier. « Si nous attachons beaucoup d’importance aux détails, le produit doit avant tout être fonctionnel ». Ceci dit, ils admettent s’être mis à leur tour au diapason des agents et détaillants, qui réclamaient une segmentation plus claire entre Graham et Arnold & Son, au départ dans la même gamme de prix. C’est chose faite aujourd’hui, avec un effet direct sur les volumes. Graham se concentre sur les chronographes automatiques au look très décalés visant une clientèle urbaine branchée, Arnold & Son met l’accent sur des garde-temps au degré de complication plus élevé, et donc dont la disponibilité des mouvements se trouve de facto limitée. « La légitimité d’Arnold & Son dans les pièces compliquées n’est plus à prouver » affirme Eric Loth, qui évoque notamment la reconnaissance d’Abraham Breguet à l’égard des travaux de John Arnold, ainsi que ses instruments de mesure liés à la navigation, à l’heure solaire et à l’astronomie. Si la production annuelle d’Arnold & Son se situe autour du demi millier de pièces, celle de Graham s’avère nettement plus dynamique : 3000 pièces vendues en 2005, 5200 en 2006, 9000 sont prévues pour cette année, et à nouveau moitié plus en prévision pour les deux ans à venir. On est bien loin des 100 pièces de 1998 !