Le ton franc et tonique est celui de l’entrepreneur qui aime aller vite. On est « soulmaker for 100 years » mais on n’aime pas saouler l’assistance en propos inutiles et c’est très bien ainsi.

Jean-Marc Pontroué commence d’ailleurs par le rappeler d’emblée, « Montblanc est la 2e marque la plus importante du groupe Richemont ». C’est sans doute celle qui connaît la plus forte croissance puisque, sur un total de 350 boutiques Montblanc, 100 ont été ouvertes dans les deux dernières années. Cet essor impressionnant s’explique en partie par la forte diversification de la marque : maroquinerie, horlogerie depuis dix ans, joaillerie depuis l’an passé, haute joaillerie dès 2007. « Montblanc ne sera plus perçu uniquement comme le summum en matière d’instruments d’écriture, c’est devenu une marque de luxe à part entière et l’image de nos produits horlogers doit s’aligner sur ce créneau haut de gamme » martèle le Français globe-trotter. Il illustre d’ailleurs cette montée en gamme en présentant ses deux nouveaux chronographes : un Timewalker en or rose certifié COSC, et un Star XXXL GMT en or blanc. Il rappelle également la collaboration menée avec Van Cleef & Arpels pour le 100e anniversaire de Montblanc l’an passé, qui a abouti sur la création de 9 stylos avec serti mystère valant la bagatelle de $900'000.00...

Plus de carats, plus de mètres carrés
L’introduction de produits de haute joaillerie se trouve être l’un des piliers de la stratégie de Montblanc en 2007, qui s’est pour l’occasion servi de stars afin de communiquer l’événement. Si, pour, l’heure 75 boutiques Montblanc ont été sélectionnées dans le monde pour accompagner cette nouvelle diversification, Jean-Marc Pontroué ne cache pas ses ambitions d’utiliser à terme les 350 du réseau. C’est l’une des raisons pour lesquelles la taille des boutiques Montblanc n’est en rien comparable avec les premières qu’ouvrait la marque il y a 15 ans : la diversification est gourmande en superficie. Il s’agit dorénavant de mégastores dans le meilleur des cas, avec de véritables espaces dédiés à la haute joaillerie. « Nous y vendons des pièces à 2 ou 3 millions de dollars comportant des diamants de 6 carats. » Costaud. « Le sertissage de diamants sera bientôt un métier aussi important chez nous que celui des horlogers ». Qu’on se le dise.

« Merci à Richemont qui nous a donné les moyens d’investir et d’exposer au SIHH, et merci au SIHH dont l’environnement produit nous a incité à nous dépasser » enchaîne-t-il. Aujourd’hui les ventes de montres mécaniques totalisent 70% du chiffre d’affaires horloger. La fourchette de prix des montres Montblanc s’étend de € 1000.- à € 25'000.-, avec un prix moyen actuel de € 1'800.-. « Mais il s’élèvera à € 2'000.- l’an prochain » prévient le patron de Montblanc Montres, qui ne compte pas pour autant évincer le segment des produits à € 1'000.- / € 1'500.- représentant une clientèle importante. « La Profile et la MiniStar se déclinent dans de nouvelles versions cette année ».

Minerva & Friends
Là où Montblanc va certainement faire couler beaucoup d’encre, ce n’est ni avec ses stylos, ni avec ses diamants en forme d’étoile (c’est déjà fait), mais avec sa mainmise sur Minerva. Rachetée par Richemont en début d’année, cette manufacture de Villeret passe sous management Montblanc en avril et va concevoir ses garde-temps haut de gamme. « Nous allons y créer des séries limitées pour collectionneurs, avec un positionnement entre € 30'000 et € 200'000.- pour un prix moyen de € 50'000.-, tout en y installant un Home of Genius of Swiss Watchmaking ». L’idée consiste à y attirer des talents horlogers, « des artistes dans le domaine du mouvement», qui puissent donner libre cours à leur créativité, « afin d’y développer des projets pour Montblanc, mais aussi parfois sans obligation de résultat particulier ». Une sorte de JMP& Friends ? Des amis, Jean-Marc Pontroué risque d’en avoir des nouveaux avec cet atelier de mouvements haut de gamme, notamment parmi ses homologues de Richemont qui pourront également lui faire part de leurs besoins éventuels. « Nous tenons néanmoins à garder l’esprit de Minerva, qui fêtera l’an prochain ses 150 ans ». De gros investissements en perspective.