Richard Mille investit les vitrines de l’Heure Asch, qui tient bien évidemment à le faire savoir.

Chacun dans leur style, Denis Asch et Richard Mille sont deux bêtes de scène. L’un le sait, l’autre pas. Le premier rang s’impose, pas question de perdre une miette de cette conférence de presse. Pour le plus grand plaisir de l’assemblée de journalistes, Richard est en forme, aussi agité que Denis est calme, pétri d’admiration.

Genèse d’une rencontre
Anecdote non sans importance, tous deux se sont rencontrés en 2001 et ont lancé en même temps leur société. Denis commente : « à cette époque je savais qu’un jour j’aurai une RM à mon poignet, puis des RM dans mes vitrines. Aujourd’hui c’est chose faite, au-delà de mes espérances » ajoute-t-il en dirigeant son regard vers l’impressionnante collection de pièces Richard Mille autour de nous. Toujours vêtu de son blouson de cuir beige bien ajusté et impeccablement coupé, Richard apprécie autant qu’il s’en amuse : « d’habitude j’ai plutôt l’impression d’être une marque virtuelle car mes vitrines sont souvent vides, Denis est verni ». Ses yeux pétillants se font plus sérieux et il enchaîne : « Avec Denis c’est une histoire d’amour entre deux passionnés, nous vibrons avec la même intensité pour l’horlogerie extrême. Si je l’ai choisi à Genève en rive gauche alors que de nombreux autres points de vente nous sollicitaient, c’est parce qu’une RM se vend avec des explications techniques et de la passion ».

Il précise : « Comment expliquer sinon qu’une montre de 29 grammes coûte dix fois plus cher qu’une complication en platine ? » Quand on sait que le verre saphir de cette RM pèse déjà pratiquement la moitié de ces 29 grammes… « J’ai voulu aller à l’encontre de la traditionnelle valeur perçue d’une montre ». Le gourou de l’horlogerie high-tech passe alors en revue certaines de ces dernières créations : « avec son architecture tubulaire précise au micron près, le tourbillon RM12 va marquer l’histoire de la Haute Horlogerie ». Quant à sa dernière œuvre introduisant un nouveau type de boîtier, à la fois dans ses collections et dans l’horlogerie en générale, « la RM16 ultraplate automatique permet par sa simplicité d’asseoir les fondamentaux de la marque. Là aussi il n’y a pas une seule vis ni un seul matériau qui n’ait pas son utilité ».

Des choix radicaux
« Dans un groupe je me serais fait virer depuis longtemps » rigole le malicieux Mille : « je conçois des produits sans du tout tenir compte du prix de revient, simplement comme j’ai envie de les faire, et seulement en bout de parcours je regarde combien ils coûtent », comme pour se justifier du prix il est vrai très élevé de l’ensemble de ses pièces. « Mes prix sont le résultat de choix techniques, et en plus nous devons en moyenne faire face à 40% de déchet dans la réalisation de ces petits bijoux ». La qualité suprême implique en effet des sacrifices à chaque stade : « nous avons du déchet à l’usinage, au montage, et surtout à la décoration ». Ce qui ne le démonte pas pour autant : « C’est mon hommage à la Haute Horlogerie ». De toutes façons Richard Mille ne compte pas se lancer dans une production à grande échelle, cela nécessiterait de s’empêtrer dans une logistique dont il n’a absolument pas envie. « L’an passé j’ai vendu 1502 montres, j’en ferai peut être 2000 de plus un jour, mais jamais au-deslà. Il existe une clientèle pour les montres extrêmes et c’est à elle que je m’adresse, mais je ne veux vulgariser ma marque. » Cette marque, Richard Mille l’a basée sur trois principes : des innovations techniques majeurs (« avec mes amis de Renaud Papi on a tout mis à plat comme en F1 »), une forte personnalité, le meilleur de la culture horlogère. «Tout est fait en Suisse, même le bracelet, et à l’avenir je vais graver 100% Swiss made sur toutes mes montres ». Lucide, il conclue : « le magma qu’est devenu le luxe est aujourd’hui super segmenté, on peut s’y faire une place, mais ce qui compte par-dessus tout pour moi actuellement est la symbiose entre ma philosophie de la vie et ma philosophie des affaires, auxquelles j’entends faire participer mes amis, pas les ennuis ».