Antiquorum et le Great Magazine of Timepieces vous ont concocté un nouveau rendez-vous semestriel en imaginant pour vous cette rubrique Vintage. Dans chaque numéro de Vox nous vous présenterons une sélection de nouveautés horlogères, officiellement inspirées de modèles anciens, clairement identifiés.

Certains amateurs de bons vins mettent un point d’honneur à s’approprier tous les millésimes d’un grand cru qui leur est cher. Pourquoi ne pas s’offrir une « verticale » également en matière horlogère, à travers toutes les versions d’un même modèle au fil de son évolution et des années?

Parmi les marques qui ont joué la carte du vintage en 2007, nous en avons retenu trois dont les nouveautés ont récemment été mises sur le marché : Girard-Perregaux, Piaget et Vacheron Constantin. Première constatation : malgré une touche de classicisme inhérente au principe du vintage, de nombreuses formes sont revisitées : carrée, rectangulaire et ronde Il y en a donc pour tous les goûts et tous les prix. Deuxième constatation : la cure de jouvence dont profitent les modèles concernés leur permet de repartir avec la dernière génération de mouvements manufacture, ce qui se traduit la plupart du temps par une amélioration des performances. Dernière constatation : au-delà des qualités intrinsèques de ces garde-temps, ils rendent le plus souvent hommage à un vénérable ancêtre récompensé dans un concours, ce qui peut en augmenter la valeur dans une optique de collection.

Piaget, l’extra-plat version XXL.

Traditionnellement championne de l’extra-plat, la manufacture de Plan-les-Ouates a réaffirmé l’an passé son savoir-faire dans ce domaine à travers toute une série de nouveautés, dont une version « ixélisée » de sa Protocole de 1963. Il y a un demi-siècle en effet, Piaget a conçu, développé et produit des mécanismes extra-plats qui demeurent aujourd’hui des références en ce domaine : le calibre manuel 9P présenté en 1957, puis en 1960 le mouvement automatique 12P – 2,3 mm d’épaisseur – qui inscrira le nom de Piaget dans le « Guinness Book des Records » comme créateur du «mouvement automatique le plus plat du monde ». Plus récemment, Piaget a donné naissance au développement de mouvements modernes tels que les 430P, 450P ou 438P qui n’affichent que 2,1 mm d’épaisseur, ou encore à la nouvelle famille de mouvements 600P (régulateur à tourbillon). Mettant la technique au service de la créativité, Piaget ne cesse d’explorer les opportunités nouvelles offertes par la finesse de ses mouvements, en haute joaillerie comme en haute horlogerie. Piaget s’est donc forgé une réputation au point que cette spécialité est aujourd’hui indissociable de la marque, qui a d’ailleurs remporté en 2003 le prix de la montre extra-plate du Grand Prix d’Horlogerie de Genève avec son Altiplano XL.

C’est le calibre 9P qui équipait la première Protocole en 1963, qui s’est par la suite déclinée en plusieurs modèles dont une version quartz sur laquelle nous ne nous étendrons pas. Au cœur du tout dernier modèle Protocole XXL, c’est dorénavant la nouvelle génération de calibre 830P qui impose ses 2,5mm d’épaisseur, visible à travers le fond saphir. Conçu, développé et produit par la Manufacture de haute horlogerie Piaget, le calibre 830P est doté d’un grand balancier à vis et d’un grand barillet pour une réserve de marche de 65 heures. A l’instar de tous les mouvements de la Manufacture, ce calibre 830P est terminé selon des codes de finitions propres à la marque. Cette signature Piaget se caractérise par un décor Côtes de Genève circulaires, par l’utilisation de vis bleuies et par l’inscription « Manufacture Piaget » suivie du numéro de calibre. Son boîtier en or blanc (disponible avec sertissage, ou en or rose) de taille généreuse (42 X 46,5 mm) joue subtilement de l’alternance des surfaces polies et satinées jusque dans les moindres détails, à l’image de ce fin rehaut poli sur le côté. Le cadran argenté présente sur l’extérieur du cadran un guilloché rayonnant. De forme bombée, la glace saphir épouse parfaitement la courbure supérieure de la boîte.

A l’heure où de plus en plus de marques ouvrent leurs archives et exposent leur riche patrimoine dans leurs propres musées et autres « Galerie du Patrimoire » (nom donné à son musée ouvert l’automne passé par Jaeger-LeCoultre), les naissances de bébés Vintage devraient voir leur nombre augmenter de manière significative. Une bonne nouvelle pour les collectionneurs en quête de transparence ?

Vacheron Constantin, le meilleur des deux mondes.

Commençons par le modèle le plus rare et se basant sur le modèle le plus ancien, le Chronomètre Royal 1907 de Vacheron Constantin. Ce robuste et flamboyant centenaire se distingue de plusieurs manières, notamment par quelques particularités lors de son lancement en 1907. A commencer par son nom, Chronomètre Royal, dont la manufacture genevoise dépose en tant que marque. Ensuite par sa commercialisation, sous forme de souscription, destinée avant tout à l’Amérique latine. Séduits par la robustesse et la fiabilité de cette montre de poche résistant aux variations d’altitude et d’humidité, les notables de ces contrées lointaines devaient appartenir à un club et verser une cotisation mensuelle, avant de recevoir le très prisé chronomètre au bout d’un an environ. Enfin les premières commercialisations du Chronomètre Royal étaient accompagnées d’un savant marketing (déjà il y a un siècle !), puisque les affiches le mettant en scène vantaient le prix obtenu par Vacheron Constantin au concours de Milan en 1906… pour un autre modèle. Par la suite les seules vertus du Chronomètre Royal suffirent à bâtir sa réputation et son succès, décliné en une vingtaine de modèles et de calibre depuis, toujours en très petites séries et parfois en pièces uniques. Certaines peuvent être admirées à la Maison Vacheron Constantin de la Tour de l’Ile à Genève, reflétant le savoir-faire des artisans de l’époque en matière de cadran guilloché et d’émaillage des boîtiers.

Parmi les modèles de Chronomètre Royal les plus recherchés figure en tête la première version à bracelet, produite entre 1953 et 1962, estampillée Poinçon de Genève et délivrée avec son bulletin de marche de l’Observatoire. Cette montre-bracelet en or jaune avec petite seconde était en effet l’une des rares à l’époque à être pourvue d’un système stop seconde.

C’est d’ailleurs la seule caractéristique propre au modèle à bracelet que l’on retrouve dans la nouvelle version du Chronomètre Royal, qui s’inspire sinon uniquement de la première version de poche : cadran émail grand feu portant la mention « Chronomètre Royal » sur base en or gris 18 carats, chiffres arabes peints dont le 12 en rouge bordeaux, minuterie extérieure, aiguilles en or jaune. Vacheron Constantin a donc puisé dans le meilleur des deux mondes pour créer cette série limitée de 100 pièces, abritant un nouveau mouvement automatique maison (calibre 2460SCC) qui bénéficie de la double certification Poinçon de Genève et COSC.

Girard-Perregaux, le choix des formes.

Stimulée par un patrimoine riche en design et en innovations, la manufacture de la Chaux-de-Fonds maîtrise l’art du vintage depuis relativement et ne se prive pas de puiser dans les influences Art Déco qui caractérisent l’architecture de cette ville autant que les différentes collections de Girard-Perregaux. Deux nouveautés 2007 en témoignent, une carrée et une ronde.

Déjà au début des années 1990, bien avant que le vintage ne marque toutes les tendances, Girard-Perregaux imaginait une collection inspirée par les formes rétro d’une de ses montres Art Déco de 1945. Depuis plus de dix ans, la Vintage 1945 a d’ailleurs ouvert la voie à une effusion de nouveautés, interprètant avec modernité la personnalité unique de cette ligne au cadre rectangulaire. En 2007, la Vintage 1945 Carrée réinvente cet héritage, avec un cœur et un habillage tous deux issus des récents développements de la Manufacture. Fidèle aux atouts esthétiques du modèle initial, la Vintage 1945 Carrée a conservé les quatre angles droits, mais en adoptant un boîtier carré. Cette réflexion aboutit à l’une des plus pures expressions de la ligne. La Vintage 1945 Carrée est la première montre équipée du mouvement mécanique à remontage automatique GP4500. Avec une efficacité de remontage renforcée, ce calibre de 190 éléments visible par le fond transparent est l’un des derniers nés de la Manufacture, qui met un point d’honneur à enrichir continuellement sa gamme. Son diamètre de 13 ¼ ‘’’ représente un choix privilégié pour des montres aux dimensions généreuses.

Elle disposait en effet déjà à cette époque de sa propre équipe de recherche et développement. A son actif figurait alors en 1957 le mouvement Gyromatic qui permettait enfin de fabriquer des montres automatiques de petite dimension avec une grande fiabilité. Puis en 1965, dans un contexte où les plus hautes fréquences ne dépassaient pas 21 600 alternances à l'heure, Girard-Perregaux présentait un mouvement mécanique oscillant à une fréquence de 36 000 alternances à l'heure. Ce mécanisme à la précision extrême recevait en 1966 le Prix du Centenaire de l'Observatoire de Neuchâtel. Autant de distinctions auxquelles la nouvelle GP 1966 Calendrier Complet rend hommage, unissant les fonctions et le style d’un grand classique horloger dans une interprétation symétrique remise au goût du jour. Son boîtier rond accueille ainsi un quantième complet. Accompagnant la course des fines aiguilles dorées, deux guichets placés côte à côte à 12 h affichent le jour de la semaine et le mois. La lune, quant à elle, effectue sa course à 6 h. Elle s’auréole de l’indication de la date. Au dos, le fond saphir dévoile le mouvement mécanique à remontage automatique GP033M0 conçu par la Manufacture.