Le spiral a du ressort

Il est difficile d’imaginer un sujet aussi important que le spiral. Accouplé au balancier, ce petit ressort plat définit le rythme auquel bat la montre. Il est influencé par une foule de facteurs. Certains sont extérieurs, comme la température, la pression atmosphérique ou les champs magnétiques. Les matières dans lesquelles il est fabriqué y apportent des réponses. D’autres facteurs sont internes. Ils concernent ses propriétés de déformation, de centre de gravité et de poids. Depuis cinq ans, la recherche sur ce composant a connu une effervescence exceptionnelle. Certaines des innovations qui en découlent sont des remontées d’un passé lointain, d’autres un regard vers le futur.

 

La fin

L’innovation autour du spiral n’est pas un hasard. La quasi-totalité de sa production a longtemps été le fait d’une filiale du Swatch Group, Nivarox, qui a décidé de diminuer ses livraisons. Ses clients, l’immense majorité des marques horlogères, ont dû repenser leur rapport à cette petite pièce horlogère. Ont alors émergé de nouveaux fabricants. Ils sont une douzaine, fournisseurs ou marques se réservant leur production. La plupart utilisent des alliages métalliques de type ferronickel. La différence entre eux réside sur la manière de les façonner. La géométrie d’un spiral détermine son comportement, en particulier la forme de son extrémité extérieure. Cette courbe terminale modifie la manière dont le spiral oscille, la stabilité de son centre de gravité, la régularité de sa fréquence. L’autre solution consiste à enrouler le ressort en volume. Le spiral cylindrique a la forme d’un ressort boudin comme celui que Bovet utilise pour sa Braveheart. Le spiral sphérique en est une variante, en forme de boule, utilisée par Jaeger-LeCoultre. Tous deux sont plus lourds et plus complexes qu’un spiral plat. Mais ils apportent du prestige, ce qui n’est pas rien et surtout, ils battent très près de leur centre de gravité. Evitant de se déhancher, ils limitent les frictions et consacrent toute leur énergie à la qualité des oscillations. C’est le but recherché par H. Moser & Cie ou Laurent Ferrier avec leur double spiral. Ils sont montés sur le même balancier, tête-bêche. Quand l’un dérive à gauche, l’autre le fait d’autant, mais à droite. S’équilibrant mutuellement, ils améliorent la chronométrie.

 

 

La fonte

Mais le spiral métallique a ses limites. Même quand il est de conception récente comme le Parachrom de Rolex, il reste sensible au magnétisme, au vieillissement, à la chaleur. La recherche sur les matières a occupé des générations d’horlogers, de savants, de métallurgistes. Ils ont à peu près tout essayé, même le verre. Cartier lui a d’ailleurs redonné une chance dans l’organe réglant de son concept Watch ID2. Il s’agit de Zerodur, une vitrocéramique dédiée aux miroirs de télescopes. La solution qui concentre l’essentiel des avancées est le spiral en silicium. Il est à l’abri de l’influence néfaste de la température, de la friction, du magnétisme et de la pression barométrique. Ces avantages sont exploités par Patek Philippe, Omega, Breguet et Sigatec, fournisseur attitré d’Ulysse Nardin et plus récemment de Tudor.

 

Les formes

Le silicium a une propriété méconnue. On peut le découper exactement à la forme désirée. L’attache, les courbes, la planéité, la fixation au balancier, toutes ces opérations invisibles et qui définissent sa qualité sont grandement facilitées par la fabrication sur plaque silicium. Rolex ne s’y est pas trompé et a lancé le sien, nommé Syloxi. Ainsi, plusieurs marques emploient le fruit de leurs recherches, dont les différences sont visibles à l’œil nu. Le domaine est porteur, stimulant et surtout, résulte en de vrais progrès pour la fiabilité et la précision des montres. Quelle meilleure innovation peut-on espérer ?

 

Retrouvez le premier volet (le cadran) de cette série sur la rubrique 12e Art de gmtmag.com


Journaliste expert en horlogerie et correspondant régulier de WorldTempus, David alimente notre rubrique technique.

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